Certains lecteurs du blog ont déjà découvert les nombreux nouveaux textes traduits. L’inactivité du maître de ces lieux n’était donc qu’apparente : il traduisait et communiquait avec les auteurs… (curieux de parler de soi à la troisième personne !).
Pour ceux qui en resteraient, au hasard de leur visite, à la première page, je reprends donc la première personne pour présenter comme il convient, un à un les textes traduits.
J’aimerais vous faire partager aujourd’hui l’univers de Javier Iglesias Plaza. Son texte, Feto malayo, (moche comme un pou), est une forme que j’apprécie particulièrement : en quelques lignes, sans un mot de trop, il nous offre un instantané de la complexité des rapports humains, un instant « cristallisé », un « précipité », diraient peut-être les lecteurs de formation scientifique, où l’imagination du lecteur est primordiale. Ici, chacun doit faire son travail de lecteur ; l’auteur a déjà fait le sien, qui n’est pas de nous servir de chien d’aveugle.
Et puis, bien sûr, il y a l’humour, non pas comme un glaçage qui décorerait le gâteau (ou la cerise sur…, selon l’expression consacrée), mais comme l’un des ingrédients indispensables qui lui donne cette saveur.
Bonne dégustation.
Le site de l’auteur : http://tannhauser.blogia.com
MOCHE COMME UN POU
Je ne peux plus utiliser que des catégories universelles, je lui dis, mettre des majuscules et les revêtir de la chair des grandes choses qui ne puissent se passer dans la vie quotidienne. Il me dit que j’exagère, que je n’en suis pas encore là, et il mord à nouveau dans le sandwich, la mayonnaise emplit la commissure de ses lèvres. Moi, comme je n’avais pas faim, je n’ai commandé que de l’eau minérale. J’ai perdu treize kilos ces quatre derniers mois. En plus, l’une de mes cousine travaille ici comme serveuse, la tuile, je l’ai vue juste en entrant, si j’avais su nous serions allés ailleurs, parce que la dernière fois elle n’était pas là, ou je ne l’ai pas vue, mais maintenant… Nous ne nous sommes jamais bien entendus, j’ai fait celui qui ne la connaît pas et elle a fait celle qui ne me connaît pas, ce que nous faisons lorsque nous tombons l’un sur l’autre dans la rue. C’est amusant jusqu’à un certain point seulement et passés les deux (points) c’est ironique, parce qu’elle a toujours dit qu’elle serait quelque chose, avec des majuscules, comme ça, Quelque Chose, sur un plan universel mais à la fois tellement indéfini, et je n’aurais jamais imaginé qu’arrivé à ce moment de ma vie je devrais la voir me servir de l’eau, et à lui un sandwich avec une tranche de porc pour se tartiner le museau de mayonnaise, tandis que nous dissimulons nos lien familiaux : sa mère sœur de la mienne, les trois sont grosses, il n’y a que moi qui ait réussi à suivre un régime… ou c’est peut-être la maladie. Le fait est qu’il me sort que j’exagère et il s’envoie une bonne lampée de bière, comme il ne s’était pas essuyé il a aussi laissé le bord de la chope couvert de sauce blanche. […]
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