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Espagne | Pablo Guerra Casado - Salas de letras -Salles de lettres
PABLO GUERRA CASADO (Espagne)






SALAS DE LETRAS

Otro día de lluvia apelmazada en la sien, otro día de pedos de Chanel de la noche anterior con la azafata de la Condor. De risas forzadas, de dejadez grasienta y amarga.
Había que intentar abandonarla.
Mr. Jenkins entró solemnemente en El Arco. Se quitó su pesada gabardina, el sombrero que le regalaron hace dos décadas decadentes lleno de bacterias de su cuero cabelludo sin lavar desde hacía tres días. Se sentó en un taburete sin preocuparse de que debajo había gran cantidad de ceniza humedecida. Esperó pacientemente a que el camarero medio muerto que atendía ese día le asintiera en señal de “pídame algo pero no se pase de listo que hoy tengo un dolor de pies impresionante” (esto era un don de Mr. Jenkins, el leer las mentes de camareros).
Mr. Jenkins, con una cara de no haber dormido bien y dolor de cabeza, esbozó una mueca de esfuerzo indescriptible y, ladeando el cuerpo hacia la izquierda, dijo con voz sombría: “Un seis con huevo y una caña”.
El plato combinado número 6 carece de alguna variante de huevo refrito, ni siquiera frito. Mala cosa. Patatas, lomo y pimientos verdes.
Cuando fue a beber la caña con anticongelante, asquerosamente refrescante para aquel día que no quería ser ni de otoño ni de invierno, se fijó detenidamente en el pis amarillento con sabor a cerveza de la jarra y miró a través del cristal. ¿Acaso era éste un momento de reflexión, de introspección, de inflexión en su vida de periodista arrastrado? No, intentaba poner a prueba su vista, no fuera a ser que el alcohol y la resaca le hubieran arrebatado el intersticio de luz no muy desenfocada que le quedaba.




SALLES DE LETTRES

sala_de_letras.jpg Un autre jour de pluie qui pèse sur la tempe, un autre jour de pets de Chanel de la nuit antérieure avec l’hôtesse de la compagnie Condor. De rires forcés, de laisser-aller gras et amer.
Il fallait essayer de la quitter.
M. Jenkins fit une entrée solennelle dans le bar El Arco. Il ôta sa lourde gabardine, le chapeau qu’on lui avait offert vingt ans plus tôt, deux décennies de déchéance, rempli des bactéries de son cuir chevelu qu’il n’avait pas lavé depuis trois jours. Il prit place sur un tabouret sans s’inquiéter de la grande quantité de cendre humide qui se trouvait dessous. Il attendit patiemment que le garçon vif comme un mollusque qui servait ce jour-là lui adressât un regard qui voulait dire « vous pouvez me passer votre commande mais ne m’en demandez pas trop parce qu’aujourd’hui j’ai terriblement mal aux pieds » (ça, c’était un don qu’avait M. Jenkins de lire dans les pensées des garçons de café).
M. Jenkins, avec son air d’avoir mal dormi et son mal de tête, ébaucha une grimace au prix d’un effort indescriptible et, penchant son corps vers la gauche, dit d’une voix sinistre : « Le six avec œuf et une pression ».
Le plat complet numéro six n’offre aucune alternative à l’œuf plongé dans la friture, même pas un œuf au plat. Mauvais. Des pommes de terres, de l’échine et des poivrons verts.
Alors qu’il s’apprêtait à boire la pression à l’antigel, un rafraîchissement écœurant pour une journée comme celle-là, qui hésitait entre l’automne et l’hiver, il fixa attentivement la pisse jaunâtre au goût de bière et regarda à travers la chope de verre. Peut-être était-ce un moment de réflexion, d’introspection, d’inflexion dans sa vie de journaliste misérable ? Non. Il s’agissait d’un exercice pour s’assurer qu’il y voyait encore, il n’aurait plus manqué que l’alcool et la gueule de bois le privent du peu de lumière à peu près nette qui lui restait.



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