Pedro Julián Martínez Muñoz (Espagne)
HISTRIONES MANIATADOS
El hombre empezó a pensar, no sin aceleración de sus entrañas, que los cuerpos de sus congéneres, con quienes asiduamente hablaba, ¡eran Muñecos! Marionetas, polichinelas no más. Vio las manos que sujetaban a esas pesadas cabezas de trapo.
¡Oh Dios mío! El susto llegó al fijar su vista en los delgados, finos cordeles que colgaban de sus manos. ¡Él también era una persona atada! Sus orejas y sus pies y sus rodillas contenían también aquellos sutiles cables, como hilos de araña. ¿Y sus párpados? No. Pero estos oscilaban ante la agitación de esa otra mano que tiraba y ordenaba.
A partir de entonces su vida fue un teatro. Hasta que un día, asustado, vio un nudo semidescorrido al borde de su muñeca y su corazón se aceleró, recobrando el ansia que había perdido antes de su definitiva resignación. Tiró de su cuello con todas sus fuerzas, queriendo alcanzar su mano libre. ¡Lo consiguió! Llamando también la atención de los cordeles, y el nudo incierto se reafirmó. La libertad de sus párpados le había permitido cerrar los ojos por un momento. Cuando los abrió, se apreciaba en su rostro una mirada de alivio.
HISTRIONS AUX MAINS LIEES
L’homme commença à penser, et son cœur se serra, que les corps de ses congénères, ceux avec qui il conversait quotidiennement, étaient des Pantins ! des Marionnettes, rien de plus que des polichinelles. Il vit les mains qui soutenaient ces lourdes têtes de chiffon.
Oh Mon Dieu ! Effrayé, il parvint à distinguer les fils ténus qui pendaient de ses mains. Il était lui aussi attaché ! Ses oreilles, ses pieds et ses genoux aussi étaient fixés à ces fils délicats, semblables à ceux de l’araignée. Et ses paupières ? Non. Mais elles clignaient sous l’effet des mouvements de cette autre main qui tirait et décidait.
A partir de ce moment-là, sa vie fut un théâtre. Jusqu’au jour où, avec effroi, il vit un nœud sur le point de se défaire sur un côté de son poignet et son cœur se mit à battre, à nouveau plein du désir qui l’avait abandonné, le désir qu’il éprouvait avant sa résignation définitive. Il tira de toutes ses forces sur son cou, dans l’espoir d’atteindre sa main libre. Il y parvint ! Attirant par là-même l’attention des fils, et le nœud lâche se resserra. La liberté de ses paupières lui avait permis de fermer les yeux un instant. Lorsqu’il les rouvrit, on pouvait y voir un regard de soulagement.