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Espagne | Javier Iglesias Plaza - Feto malayo - Moche comme un pou
Javier Iglesias Plaza (Espagne)





FETO MALAYO

Ya sólo puedo servirme de universales, le digo, poner mayúsculas y vestirlas de la carne de las grandes cosas que nos puedan suceder en el día a día. Me contesta que no exagere, ya será menos, y le da otro mordisco al bocadillo; la comisura de los labios se le llena de mayonesa. Yo no tenía hambre, así que no he pedido más que un agua natural. He perdido trece kilos en los cuatro últimos meses. Además aquí tengo a una prima trabajando de camarera, menudo marrón, la he visto nada más entrar, si lo llego a saber vamos a otro sitio, porque la última vez no estaba, o yo no la vi, pero ahora... Nunca nos llevamos muy bien, he hecho como que no la conozco y ella ha hecho como que no me conoce, lo mismo que hacemos cuando nos topamos por la calle. Es divertido sólo hasta cierto punto e irónico pasados los dos (puntos), porque ella siempre habló de ser algo, también con mayúsculas, así; Algo, en plan universal pero a la vez tan indefinido, y yo nunca imaginé que a estas alturas de mi vida tendría que encontrármela sirviéndome el agua, a él un bocadillo de lomo para ponerse perdidos los morros de mayonesa, y en el entretanto disimulando que somos familia: su madre hermana de la mía, las tres están gordas; sólo yo he conseguido hacer efectiva la dieta... o la enfermedad. El caso es que me suelta que exagero y le pega un buen trago a la cerveza, como no se había limpiado ha dejado también la boca de la jarra llena de salsa blanca. Miro mi agua acto seguido, me fuerzo a desearla a través de una contracción mental de los dos hemisferios, pero no lo consigo, no me apetece, conque la dejo en paz y continuo: sí, hay demasiada gente pendiente, le digo, expectante, al acecho de mis materiales, ya no tengo libertad. No puedo usar nombres, describir rostros, pelos, gestos, porque enseguida le estarían buscando la realidad, comparando..., hasta si hablase de una bruja la buscarían entre los míos, sin cesar rumiando como vacas, en sus cerebros, hasta conseguirlo, dar con ella, la que ellos pensasen que es ella, claro, cuando a lo mejor mi única intención era sacarme una bruja de la manga, ¡hop!, así, de la nada, como los magos..., ¡como Juan Tamariz!, que, por cierto, no está muerto como me dijisteis, cabrones, y yo pensando durante no sé cuánto que quién cojones se habría quedado con el violín... "¿No?..., joder, yo hubiera jurado que lo vi por la tele, que la había palmado, aunque ahora que lo pienso..., a lo mejor fue Jiménez del Oso, ya sabes, el de las ojeras", y vuelve a mordisquear, añadiendo a su boca un nuevo apósito de salsa sobre el anterior. "Sí, ya..." El caso es que siempre es lo mismo. ¿Y si me da por sacar a "un amigo", o "el amigo"?, aunque sea entre comillas; lo mismo: como perros sabuesos, a buscar, como cerdos a la trufa..., así me he visto reducido a los universales, encarcelado en ellos, ya ves..., y límpiate ahí anda, que me están entrando ansias sólo de verte... sí, ahí... ahora, ahora ya estás, joder macho... "Yo pienso que estás algo paranoico, ¿no te parece?". Deberías ir, ya sabes, al Pere Mata, allí siempre hay un loquero de urgencias, te recetará algo, podrás descansar, dormir mejor, o dormir algo, chico, porque es que no te visto bien desde hace meses... "No significa que estés loco ni nada de eso... Simplemente que necesitas ayuda, nada más". ¡No te fastidia! ¿escuchabas cuando te he dicho que he perdido más de diez kilos o "simplemente mordías"? Claro que no estoy bien, pedazo de mamón. No, no lo estoy, y tú eres como todos los demás, lo quieres arreglar todo con las putas pastillas. Tampoco te pongas así, me dice, sólo era una sugerencia, y se calla. Me callo. Miro la mesa con ojos perdidos. Muerde y bebe, y vuelve a morder. El silencio se alarga. Hasta que lo rompe: "Buaf, la camarera nueva es un feto malayo, ¿qué habrán hecho con la que había antes?" Estoy a punto de responder que ponértela a rodajas en el bocadillo de lomo, pero me freno a tiempo, levanto la cabeza y miro a mi prima: "Sí que lo es".

 

feto.jpg



MOCHE COMME UN POU

Je ne peux plus utiliser que des catégories universelles, je lui dis, mettre des majuscules et les revêtir de la chair des grandes choses qui ne puissent se passer dans la vie quotidienne. Il me dit que j’exagère, que je n’en suis pas encore là, et il mord à nouveau dans le sandwich, la mayonnaise emplit la commissure de ses lèvres. Moi, comme je n’avais pas faim, je n’ai commandé que de l’eau minérale. J’ai perdu treize kilos ces quatre derniers mois. En plus, l’une de mes cousine travaille ici comme serveuse, la tuile, je l’ai vue juste en entrant, si j’avais su nous serions allés ailleurs, parce que la dernière fois elle n’était pas là, ou je ne l’ai pas vue, mais maintenant… Nous ne nous sommes jamais bien entendus, j’ai fait celui qui ne la connaît pas et elle a fait celle qui ne me connaît pas, ce que nous faisons lorsque nous tombons l’un sur l’autre dans la rue. C’est amusant jusqu’à un certain point seulement et passés les deux (points) c’est ironique, parce qu’elle a toujours dit qu’elle serait quelque chose, avec des majuscules, comme ça, Quelque Chose, sur un plan universel mais à la fois tellement indéfini, et je n’aurais jamais imaginé qu’arrivé à ce moment de ma vie je devrais la voir me servir de l’eau, et à lui un sandwich avec une tranche de porc pour se tartiner le museau de mayonnaise, tandis que nous dissimulons nos lien familiaux : sa mère sœur de la mienne, les trois sont grosses, il n’y a que moi qui ait réussi à suivre un régime… ou c’est peut-être la maladie. Le fait est qu’il me sort que j’exagère et il s’envoie une bonne lampée de bière, comme il ne s’était pas essuyé il a aussi laissé le bord de la chope couvert de sauce blanche. Je regarde immédiatement mon eau, je me force à la désirer grâce à un effort mental qui mobilise les deux hémisphères du cerveau, mais je n’y parviens pas, je n’en ai pas envie, je la laisse donc tranquille et je poursuis : oui, il y a trop de gens qui attendent, je lui dis, dans l’expectative, à l’affût de mes productions, je n’ai plus de liberté. Je ne peux plus utiliser de noms, décrire des visages, des chevelures, des gestes, parce que tout de suite ils y chercheraient la réalité, feraient des comparaisons… même si je parlais d’une sorcière ils la chercheraient dans mon entourage, sans cesse, ruminant comme des vaches, avec leurs cerveaux, jusqu’à ce qu’ils la trouvent, qu’ils tombent sur elle, celle qu’ils imaginent être elle, bien sûr, alors que peut-être ma seule idée c’était de sortir une sorcière de ma manche, hop !, comme ça, du néant, comme les magiciens… comme Juan Tamariz1 !, qui, au fait, n’est pas mort comme vous me l’aviez dit, bande de cons, et moi qui n’ai cessé de penser pendant je ne sais combien de temps qui avait bien pu garder son putain de violon… « Non ?…, et ben merde alors, j’aurais juré que je l’avais vu à la télé, qu’il avait passé l’arme à gauche, mais maintenant que j’y pense…, peut-être bien que c’était Jiménez del Oso2, tu sais, celui qui a des poches sous les yeux », et il mord à nouveau dans son sandwich, appliquant sur sa bouche un nouvel emplâtre de sauce sur le précédent. « Oui, je vois… » Le fait est que c’est toujours la même chose. Et s’il me prend l’idée de faire apparaître « un ami » ou « l’ami », même si c’est entre guillemets ? C’est la même chose : comme des chiens de chasse, ils se mettent à renifler, comme des cochons truffiers…, c’est pour ça que j’en ai été réduit aux catégories universelles, que j’en suis prisonnier, tu vois…, et essuie-toi, là, allez, parce que j’ai envie de vomir rien qu’en te regardant… oui, là… à cet endroit, là, tu y es, putain… « Moi je pense que tu es un peu parano, tu ne crois pas ? » Tu devrais aller, tu sais, au Pere Mata3, là-bas il y a toujours un psy pour les urgences, il te donnera quelque chose, tu pourras te reposer, mieux dormir, ou dormir un peu, mon gars, parce que ça fait des mois que tu n’as pas l’air bien… » « Ça ne veut pas dire que tu sois fou, ni quoi que ce soit de ce genre… C’est simplement que tu as besoin d’aide, rien de plus ». Alors ça, c’est la meilleure ! Est-ce que tu m’as écouté quand je t’ai dit que j’avais perdu plus de dix kilos ou « tu mastiquais simplement » ? Bien sûr que je ne vais pas bien, espèce de con. Non, je ne vais pas bien, et toi tu es comme tous les autres, tu veux tout arranger avec tes putains de comprimés. Ne te mets pas dans cet état, il me dit, ce n’était qu’une suggestion, et il se tait. Je me tais. Je regarde la table, le regard vague. Il mord et il boit, et il mord à nouveau. Le silence se prolonge. Jusqu’à ce qu’il le brise. « Beurk, la nouvelle serveuse est moche comme un pou, qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire de celle qui était là avant ? » Je suis sur le point de lui dire : ils l’ont découpée en rondelles et ils te l’on mise dans ton sandwich à la viande de porc, mais je m’arrête à temps, je lève la tête et je regarde ma cousine : « c’est vrai qu’elle est moche ».

1- Juan Tamariz, prestidigitateur espagnol très apprécié par le public pour son humour. Connu pour sa façon de célébrer la réussite de ses tours en jouant d’un violon invisible. Il est toujours vivant.
2- Federico Jiménez del Oso, psychiatre et journaliste espagnol, il s’est consacré à l’étude à la vulgarisation de la parapsychologie. Il était, entre autres, réalisateur d’émissions de radio et de télé. Ses cernes étaient proverbiales. Il est décédé en 2005.
3- Hôpital psychiatrique de Reus



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