Ricardo José Pagani (Espagne)
UN CANTOR QUE NO FUE
Me hubiese gustado ser cantor de blues.
Pero cuando vi el pliego de Bases y Condiciones me di cuenta de que no reunía los requisitos mínimos exigidos.
"Debe saber el aspirante que, quien dice cantar, lo que en realidad hace es vomitar al otro todas sus penas, digamos... con cierta cadencia que pareciera, a veces, música".
"Y como el sable que supo resistir hasta casi partir su alma, el rigor del más brutal de los fuegos para templar su esencia, el cuerpo, en este caso el del cantor, se va curtiendo a fuerza de golpes durante mucho tiempo, hasta que todas esas historias se transformen en canción".
"Y brotarán todas de repente, notas ásperas, cargadas de desamores y desencantos, algunas veces en hilos de voces casi imperceptibles para los oídos humanos, pero sonando como locos en los corazones de los ocasionales escuchas".
"Y deberá haber guitarras que aúllen cada noche como anunciando cada vez más desdicha. Y seguramente compases de parches presagiarán aún más golpes sobre el alma del cantor. Y las luces cada vez serán menos, y las pupilas serán cada vez más grandes y más negras. Y el humo y el alcohol atenuarán excitaciones, si es que hubieran, para que la piel permita entrar una a una las corcheas directamente a las venas, despacio..., sin saturar..., doliendo a rabiar!".
"No esperará a cambio paga alguna, el cantor. Tampoco audiencia, si su destino es acompañar a las almas afectadas crónicamente, a los que ya perdieron un lugar agradable en este mundo".
Y sigue, y sigue interminablemente, escrito en un libro sin tapas y sin números de página.
Y cada hoja que con espiral es atada a la siguiente y también a la anterior, es la primera, y también la última, ya que en realidad la última no existe. Y la primera tampoco.
Es un manual de Blues.
¡Puta!
Quise ser cantor de blues, y recién me vengo a dar cuenta de que tampoco puedo escuchar blues. Todavía no estoy preparado.

UN CHANTEUR QUI NE L’A PAS ETE
J’aurais aimé être chanteur de blues.
Mais quand j’ai vu le cahier des charges, j’ai réalisé que je ne réunissais pas les conditions minimums requises.
« Le candidat doit savoir que celui qui prétend chanter en réalité ne fait que vomir sur autrui toutes ses peines, disons… avec une certaine cadence qui ressemble, quelquefois, à de la musique ».
« Et tel le sabre qui sut résister, au risque de se briser, à la force la plus brutale des feux qui trempèrent son essence, le corps, dans notre cas le corps du chanteur, s’endurcit peu à peu sous les coups qu’il endure pendant des années, jusqu’à ce que toutes ces expériences se transforment en chanson ».
« Et elles jailliront toutes, soudain, en notes âpres chargées de peines et de déceptions, quelquefois sous la forme de filets de voix presque inaudibles pour l’oreille humaine, mais qui résonneront follement dans le cœur des rares auditeurs attentifs ».
« Et il faudra des guitares qui hurlent chaque nuit comme si elles annonçaient toujours plus de malheur. Et sûrement quelques mesures monotones comme un présage des nouvelles souffrances qui s’abattront sur le cœur du chanteur. Et la lumière sera de plus en plus faible, et les pupilles de plus en plus grandes, plus noires. Et la fumée et l’alcool calmeront les ardeurs, dans le cas où il y en aurait, afin que la peau laisse passer une à une les croches directement dans les veines, lentement…, sans les saturer…, provoquant une atroce douleur ! ».
« Il ne devra s’attendre en échange à aucune rétribution, le chanteur. Ni a une quelconque audience, car son destin est d’accompagner les âmes atteintes d’une affection chronique, les êtres qui n’ont plus en ce monde aucun lieu qui leur soit agréable ».
Et ça continue, encore et encore, interminablement, tout ça dans un livre sans couverture aux pages sans numérotation.
Et chaque feuille est liée par une spirale à la suivante ainsi qu’à la précédente, elle est la première et aussi la dernière, puisqu’en réalité la dernière n’existe pas. Pas plus que la première.
C’est un manuel de Blues.
Putain !
J’ai voulu être chanteur de blues et je viens juste de me rendre compte que je ne suis même pas apte à écouter du blues. Je ne suis pas encore prêt.