Jairo J. Rojas R. (Venezuela)
Jairo J. Rojas R. (1980) Mérida, Venezuela. Estudiante de Historia del Arte en la Universidad de Los Andes. Tiene en su haber dos poemarios inéditos: Nosotros en la historia de ellos e Historias encontradas en la botella. Participante del taller de creación literaria dirigido por María Isabel Novillo y Betulio Bravo en el año 2004, organizador del Cine-Foro: pensamiento audiovisual. Actualmente se desempeña como Asistente en biblioteca en el Centro de documentación en Ciencias Penales y Criminológicas «Juan Esteban Amorer Reyes». U.L.A.
Jairo J. Rojas R. (1980) Mérida, Venezuela. Etudiant en Histoire de l’art à l’Université de Los Andes. Il a écrit deux recueils de poèmes inédits : Nosotros en la historia de ellos et Historias encontradas en la botella. Participant à l’atelier de création littéraire dirigé par María Isabel Novillo et Betulio Bravo en 2004, organisateur du Cine-Foro : réflexion audi-visuelle. Actuellement, il est assistant bibliothécaire au Centre de documentation en Sciences Pénales et Criminologiques «Juan Esteban Amorer Reyes». U.L.A.
Nosotros
Nosotros crecimos queriendo que el amor viviera más allá del funeral, que el poema brillara en la vida y no sólo en los apuntes apurados y agujerados. En este grupo, nos conmovía la belleza que acariciaba San Francisco en sus manos decididas y también el ardor suicida en la voz de Kurt Cobain. Nosotros crecimos así, con la inusual misión de revolver la luz con la oscuridad, de luchar por una estrella que luego daba miedo tener, de saber que la mucha letra mata y vivir a propósito entre páginas lloradas por monjes anónimos o neuróticos aplaudidos, todo en la casa que detestábamos detrás de la sonrisa. Nosotros formábamos un grupo empeñado en ser ojo del infinito sin abandonar el plato típico, las creencias de la infancia. Nosotros los que no asustaba la muerte ni el tiempo que ya goteaba sangre.
Nos dio la gana de no pensar en el futuro. No nos acomplejó el hecho de no tener vocación ni país. Enamorados sin ser imposición ni pose. Plantadores de música en cada rincón de la casa, en vez de estudiantes de algo valedero. Solíamos orinar las normas que (sabíamos) después ordenaríamos con la tan anhelada pasión. Preferíamos emborracharnos un lunes por la mañana con el vaho de un libro abierto, este grupo bullicioso en silencio que en ocasiones gustaba hablar, jactándonos de nuestra ignorancia, de nuestro egoísmo e hipocresía. Quizá por no admirar doctos, profesores o adulto alguno pero si aprender de borrachos, esquizofrénicos o místicos. No éramos conformes, ni inconformes. Ni subía el temor al mostrar nuestra tristeza, aunque temblábamos si alguien la veía sin ropas. Nos desangrábamos para no seguir aburridos. En fin, pertenecíamos a los que se hacían ofrenda incluso de lo que nunca iban a tener. Los comeflores. Aquellos que se dejaban quitar lo que no les pertenecía con tal de escuchar música todo el día. Aprendíamos en total oscuridad con chillido y fuego negro. Confiábamos en el amor. Éramos cambiantes. Contrastes. Es decir, éramos adolescentes atormentados, inconformes y desencantados, es decir, no hemos crecido.
Nous
Nous avons grandi avec la volonté de voir l’amour survivre aux funérailles, le poème briller dans la vie et pas seulement dans des notes pressées et incomplètes. Dans ce groupe, nous étions émus par la beauté que tenait Saint François dans ses mains décidées tout autant que par l’ardeur suicidaire de la voix de Kurt Cobain. Nous avons grandi ainsi, avec pour mission extraordinaire de mêler l’ombre à la lumière, de partir en quête d’une étoile qu’on avait peur ensuite de toucher, de savoir que l’abondance de lettres tue, décidés à vivre entre les pages délavées par les pleurs de moines anonymes ou de névrotiques célèbres, et tout cela dans la maison que nous détestions derrière nos sourires. Nous formions un groupe qui cherchait obstinément à être l’œil de l’infini sans abandonner le plat typique, les croyances de l’enfance. Nous, que la mort n’effrayait pas, ni le temps qui déjà perdait son sang.
Nous avions décidé de ne pas penser au futur. Le fait ne n’avoir ni vocation ni pays ne nous gênait en rien. Amoureux sans que ce fût une obligation ni une pose. Planteurs de musique dans tous les coins de la maison au lieu de suivre des études profitables. Nous urinions sur les règles qu’ensuite (nous le savions) nous suivrions avec une passion que nous attendions ardemment. Nous préférions nous saouler un lundi matin avec l’haleine d’un livre ouvert, dans ce groupe au turbulent silence où parfois nous aimions parler, nous vantant de notre ignorance, de notre égoïsme et de notre hypocrisie. Peut-être parce que nous n’admirions pas les doctes, les professeurs ni aucun autre adulte mais que par contre nous apprenions par la fréquentation des ivrognes, des schizophrènes ou des mystiques. Nous n’étions ni conformiste ni anticonformistes. Et nous ne craignions pas non plus de monter notre tristesse, tout tremblants cependant que quelqu’un la surprît nue. Nous nous jetions la tête contre les murs pour ne plus nous ennuyer. Enfin, nous étions de ceux qui faisaient offrande même de ce qu’ils n’auraient jamais. Les mangeurs de fleurs. Ceux qui se laissaient dépouiller de ce qui ne leur appartenait pas pourvu qu’on les laissât écouter de la musique toute la journée. Nous apprenions dans l’obscurité la plus totale, dans le cri et le feu noir. Nous faisions confiance à l’amour. Nous étions changeants. Contradictoires. C’est-à-dire, nous étions des adolescents tourmentés, non-conformistes et désenchantés, c’est-à-dire, nous n’avons pas grandi.