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Mexique | Jorge Daniel García Martínez - Heideggeriano - Heideggerien
Jorge Daniel García Martínez (México)






Heideggeriano


Murmuro tranquilamente algo indescifrable a tu oído derecho. Tú, apacible a pesar de los salvajes golpes que emana tu pecho desde su núcleo, me volteas brusca y pasionalmente el rostro para susurrarme la respuesta exacta con la que siempre concluye nuestro pequeño e interminable diálogo. No sé si pudiera pedir más. Irremediable y agotadoramente, todo termina estupendamente y yo no puedo más que finalizar alargando mi sonrisa. Por fin, puedo sentir el aire entrar a mis pulmones a través de la impresionante ola calurosa que destilaba tu cuerpo, e inspiro una tremenda bocanada de aire “puro” para poder volver a percibir aquel olor dulce que corre por tus muslos y que nace justo en las venas más cercanas a tu corazón.
Con una fuerza sobrehumana, me avientas al lado derecho de la cama sin previo aviso y me preguntas en voz baja y lenta “¿Todavía queda agua?”. A mí casi me da un infarto y te respondo entre sorprendido y molesto —Ya sabes dónde está el agua de jamaica, y si ya no hay, puedes hacer más. —De un momento a otro bajamos desnudos los 3 o 4 escalones, te envoltijas y nos disponemos a comer. Pasamos de la sopa a los frijoles bayos (que no son del todo tus preferidos) y pasados 10 minutos después de limpiarme los dientes con un palillo, me despido de ti. Me regalas un dulce y tierno beso e hilarante me dices: —Te veo en la noche mi cielo, que te vaya bonito. —Anonadado y pensativo me alejo unos cuantos pasos, acercándome a la puerta y pienso para mí mismo —¿Quién la entiende? —Cierro la puerta y aún alcanzo a oír el grito desesperado por una oreja que lo escuche de —No olvides que te amo —pero me alejo sin voltear y doy la señal de que llevo prisa.
En el transcurso del día, no puedo más que pensar en el porqué serás así de rara conmigo y me deleito escuchando la sinfónica estación sintonizada por el finísimo chofer de un microbús destartalado a manos de la “preciosa” ciudad que es el Distrito Federal. Interrumpiendo su melodiosa y afinada voz, el chofer grita amablemente —Si le pasan bien por en medio de las dos filas por favor. —Cortésmente le hago un corte de manga y desde el fondo de mis entrañas pienso que todo sería más fácil si tuviera mi propio auto. Pero callo la mayor parte de mis insultos, porque si no, es muy probable que su chalán de 15 años me ande partiendo mi madre. Tres, quizá cuatro veces más, el esbelto chofer interrumpió la balada más dolorosa de los Bukis para recalcar en que no van a caber las otras 30 personas que desean subir al pesero si no nos doblamos a la mitad y nos sentamos en las piernas de las otras 30 personas que van incómodamente sentadas. Finalmente, llego a mi destino y mis entumecidos pies intentan no sufrir los estragos de los pisotones que me dieron alrededor de 24 pares de zapatos de tacón de aguja. Camino un poco más apresuradamente y veo en el reloj del celular que temprano ya no es y que si deseo llegar, tendré que correr.
En el camino, sufro una vez más tratando de entender a mi mujer en sus variadas máscaras y me encuentro a uno de esos pequeños entes que, en múltiples ocasiones, cuentan alguna gracia y otras tantas solamente comentan lo que los medios ya repitieron una media docena de veces entre los tres noticieros que tienen al día. Me empieza a contar que tiene traumas con sus relaciones amorosas, y en vez de apoyarla, me dedico a mover la cabeza y a decir en orden estrictamente aleatorio —A órale —Y luego —No pues queéfeo... —Después de ir a la mitad de su plática, este pequeño ser indefinido cae en la cuenta de que mi atención en su tema es nula y trata de jalarla inesperadamente preguntando —¿Sí me entiendes no? —A lo que yo contesto felizmente —No pues qué feo. —La desesperación total es alcanzada por este pequeño ser, al verme reír tremendamente y en un arranque de esos telenovelescos, me señala con la punta del dedo y en tono bastante enojado, me dice —¡Eres un malo! —Sigo riendo y me sigue apuntando con su dedo intentando convertirlo en un rifle de dos cañones cargado con balas expansivas. Más molesta y sin ningún tapujo, me dice —¿Y por lo menos me vas a decir de qué te ríes?... —Poderoso, casi inmortal y a sabiendas de que soy un verdadero cínico, le contesto —¡Ah! Es que me acabo de echar un pedo...




Heideggerien

femme_r_lacroix.jpgJe murmure tranquillement des mots d’indéchiffrables à ton oreille droite. Toi, paisible malgré les coups sauvages qu’émet ta poitrine en son centre, tu tournes brusquement vers moi ton visage passionné pour me susurrer la réponse exacte sur laquelle s’achève toujours notre interminable dialogue. Que demander de plus ? Irrémédiablement, dans l’épuisement, tout finit sur une note superbe et je ne peux que conclure par un large sourire. Je peux enfin sentir l’air entrer dans mes poumons, traversant l’impressionnante vague de chaleur qui émane de ton corps, et j’aspire une formidable bouffée d’air « pur » afin de pouvoir percevoir à nouveau cette odeur douce qui court sur tes cuisses et qui naît juste sur les veines les plus proches de ton cœur.
Avec une force surhumaine, tu me repousses sans prévenir jusqu’au côté droit du lit et tu me demandes d’une voix basse et lente « Est-ce qu’il reste encore de l’eau ? ». Je frôle l’infarctus et je te réponds, mi-surpris, mi-gêné –Tu sais bien où se trouve l’eau de Jamaïque1,
.et s’il n’en reste plus, tu peux en refaire‑. Sans transition, nous descendons nus les 3 ou 4 marches, tu te couvres et nous voilà prêts à manger. De la soupe puis des haricots rouges (ce ne sont pas ceux que tu préfères), dix minutes plus tard je me suis curé les dents et je te dis au revoir. Tu m’offres un doux et tendre baiser et tu me dis en riant : ‑A ce soir mon amour, passe une bonne journée‑. Anéanti et pensif je m’éloigne de quelques pas en direction de la porte et je m’interroge –qui peut bien la comprendre ?‑ Je referme la porte et je parviens encore à entendre un cri lancé à la recherche désespérée d’une oreille qui veuille bien l’entendre –N’oublie pas que je t’aime‑ mais je m’éloigne sans me retourner, signifiant que je suis pressé.
Au cours de la journée, je ne peux penser à autre chose, pourquoi peut-elle être aussi bizarre avec moi, tandis que je me délecte des sons harmonieux de la station sur laquelle est réglée la radio du très délicat chauffeur du mini-bus déglingué qui appartient à la « superbe » ville qu’est le District Fédéral. Interrompant la voix mélodieuse et finement accordée, le chauffeur crie aimablement –Passez bien entre les deux rangées s’il vous plaît‑. Je lui adresse courtoisement un bras d’honneur et du fond de mes entrailles je pense que tout serait plus facile si j’avais ma propre voiture. Mais je tais la plupart de mes insultes, il est très probable sinon que son assistant de 15 ans me cassera la figure. Trois, peut-être quatre fois encore, le chauffeur gracile a interrompu la ballade la plus douloureuse du groupe los Bukis2 pour souligner que les 30 personnes supplémentaires qui désirent monter dans le bus ne tiendront pas si nous ne nous plions pas en deux et nous ne asseyons pas sur les jambes des 30 autres personnes déjà inconfortablement installées. Finalement j’arrive à mon arrêt et mes pieds ankylosés essaient de se remettre des dégâts causés par près de 24 paires de chaussures à talon aiguille qui les ont foulés. Je marche un peu plus rapidement et l’heure affichée sur mon portable m’indique qu’il n’est plus très tôt et que si je désire arriver à temps, il va falloir courir.
En chemin, je me torture une nouvelle fois l’esprit, tentant de comprendre ma femme et son assortiment de masques et je tombe sur l’un de ces petits êtres qui plaisantent très souvent et parfois se contentent de commenter ce que les médias ont déjà répété une demi-douzaine de fois au cours des trois éditions de la journée. Il commence à me conter les traumatismes dont il souffre au cours de ses relations amoureuses et au lieu de me tourner vers lui, je me mets à tourner la tête en tous sens et à débiter, dans un ordre strictement aléatoire  ‑Bien fait‑. Et ensuite –Mais c’est affreeeeux…‑. Au milieu de son discours, ce petit être indéfini se rend compte que mon intérêt pour ce qu’il dit est nul et il essaie désespérément de l’éveiller, en me demandant –Vous me comprenez, n’est-ce pas ?‑ Ce à quoi je réponds joyeusement – Alors là, mais c’est vraiment affreux‑. Ce petit être sombre dans un désespoir total lorsque je pars d’un éclat de rire terrible du genre feuilleton télé, il pointe un doigt sur moi et sur un ton assez colérique, il me dit –Tu es mauvais !‑ Je continue à rire et il me suit, pointant sur moi un doigt qu’il rêve de transformer en fusil à double canon chargé de balles dum-dum  De plus en plus fâché et sans aucune réserve, il me dit –On peut savoir au moins ce qui te fait rire ?‑… Puissant, presque immortel et sachant parfaitement que je suis un vrai cynique, je lui réponds –Ah ! C’est que je viens de lâcher un pet…


1- L’eau de Jamaïque (el Agua de Jamaica) est une infusion de fleurs (hibiscus) qu’on boit couramment au Mexique

2- Los Bukis ("les gosses") est un groupe de musique mexicain de Ario de Rosales, Michoacán. Il a été fondé par les deux cousins Joel et Marco Antonio Solís dans les années 1970. Leur style est devenu très populaire en Amérique Latine.



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