Eduardo Martos Gómez (Espagne)
Ce texte fait partie du recueil « Lapso ».
Le site de l’auteur : http://el-aleph.es/lapso/
Pelos en la alfombra
A Isa
Hace muchos años miró la alfombra del cuarto de baño. Vio que tenía pelos y decidió quitarlos todos para dejarla completamente limpia. La alfombra era de líneas multicolor. Blancas, amarillas, naranjas, marrones... La dividió en cuatro sectores, que recorría con la vista en busca de los pelos. Los había largos, cortos, gruesos y finos. Los más grandes cayeron rápidamente, pero los otros eran difíciles de distinguir. Se vio como un halcón sobrevolando un campo de trigo lleno de ratones. En las cuatro primeras pasadas retiró la mayor parte de los pelos, pero en la quinta comprobó que había muchos de pequeño tamaño. Llevaba dos horas limpiando la alfombra cuando su mujer lo avisó para comer. Hizo caso omiso y siguió con su noble tarea. Por la noche, aburrida, su mujer se acostó sola y lo dejó quitando los pelos de la alfombra. Le dolían los ojos y el cuello, pero cada vez que creía haber terminado, otro pelo humano aparecía entre los engañosos pelos artificiales de la alfombra. Pensó que no iba a terminar nunca. Al día siguiente continuó con los pelos. Oyó a su mujer protestar y discutir en la lejanía, a pesar de que estaba en la puerta del baño. Una semana después, la sufrida esposa lo había abandonado tras sus infructuosos intentos para que su marido dejara la alfombra y volviera con ella. Súplicas, razones y llantos no sirvieron, fundamentalmente porque él no los oyó. El teléfono sonaba como el árbol que cae en el bosque sin que nadie lo oiga y tal, y mientras él seguía a lo suyo, que era quitar pelos de la alfombra. En un momento difuso de lucidez advirtió que ya no llevaba la cuenta del tiempo. Hacía mucho que el teléfono había dejado de sonar, y sus manos habían perdido fuerza. La sed le atenazaba la garganta porque apenas se acercaba al grifo para beber tímidamente. La barba le molestaba, rozándole el pecho según como colocaba la cabeza. El polvo lo inundaba todo. Ya no parecía un campo lleno de ratones, sino un mediocre panteón que esperaba pacientemente su cadáver. No se sabe cuándo dejó de escucharse el monótono sonido de sus dedos como tenazas, de los pelos cayendo al suelo.
Des poils sur le tapis
À Isa
Il y a de cela bien longtemps, il regarda le tapis de la salle de bains. Il y découvrit des poils et décida de les enlever tous et obtenir ainsi une parfaite propreté. Le tapis était un assemblage de lignes multicolores. Blanches, jaunes, orange, marron… Il le divisa en quatre secteurs qu’il parcourait du regard à la recherche des poils. Il y en avait des longs, des courts, des fins et des épais. Il se débarrassa rapidement des plus grands, mais les autres étaient difficiles à distinguer. Il se vit tel un faucon survolant un champ de blé où couraient des campagnols. Au cours des quatre premiers passages, il eut raison de la plupart des poils, mais il réalisa au cours du cinquième qu’il y en avait beaucoup de petite taille. Il nettoyait le tapis depuis deux heures quand sa femme l’appela pour manger. Il n’en fit pas cas et poursuivit sa noble tâche. Le soir, tandis que sa femme lassée allait se coucher seule, il enlevait toujours les poils du tapis. Il avait mal aux yeux et au cou, mais chaque fois qu’il croyait avoir terminé, un autre poil humain apparaissait parmi les poils artificiels si bien imités du tapis. Il pensa qu’il n’en viendrait jamais à bout. Il poursuivit le lendemain. Il entendit sa femme qui protestait et se fâchait dans le lointain, bien qu’elle se trouvât en fait devant la porte de la salle de bains. Une semaine plus tard, sa patiente épouse l’avait abandonné après avoir vainement tenté de lui faire oublier le tapis et de le ramener vers elle. Les prières, les appels à la raison ou les pleurs ne furent d’aucune utilité, tout simplement parce qu’il ne les entendit pas. Le téléphone sonnait comme l’arbre tombe dans la forêt déserte, et lui était tout à son affaire, qui consistait à enlever les poils du tapis. Au cours d’un vague instant de lucidité, il réalisa qu’il avait perdu la notion du temps. Le téléphone avait cessé de sonner depuis longtemps, et ses mains avaient perdu de leur force. La soif lui brûlait la gorge parce que c’est à peine s’il allait boire quelque gouttes au robinet. Sa barbe le gênait, frottant sa poitrine selon la position de sa tête. La poussière envahissait tout. Tout ça ne ressemblait plus à un champ grouillant de campagnols mais à médiocre caveau de famille attendant patiemment son cadavre. On ignore quand le bruit cessa, le son monotone de ses doigts en tenaille, des poils qui tombaient sur le sol.