LA HORA DE LOS VALIENTES
Rocío de Juan Romero
Lo decía Valentín, que se le veía a ella en la cara que había nacido para cosas grandes. Que los ojos le brillaban de excitación mucho más que a los demás, allá en la sombra fresca de la cantina, cuando la pandilla se reunía para decidir la excursión del día. Siempre tenía la palabra pronta para sugerir los parajes más alejados y las rutas más complicadas. Y todos, comenzando por el propio Valentín, y siguiendo por la docena de chicos y chicas de diferentes edades que el verano congregaba en aquel pueblo segoviano, asentían con la cabeza y acababan votando unánimemente la propuesta de Anya.
Ella era la única que había estado de noche en la Cueva del Francés y Valentín me lo contaba con una oscura mezcla de respeto y envidia, mientras pateaba con fuerza el balón contra el muro en el patio posterior de nuestro bloque de edificios. Que hasta los mayores lo comentaban a veces, ensalzando la valentía de Anya, cuando aquella noche se perdió –o quiso perderse- en las montañas y se salvó de los lobos por milagro refugiándose en aquella cueva y volviendo a la mañana siguiente, en apariencia fresca como una rosa, pero con los ojos brillantes.
Decía Valentín que aquel día todos los del pueblo salieron a la plaza. Que al verla llegar caminando, mucho más despacio que de costumbre, él quiso echar a correr hacia ella, pero que su madre le retuvo del brazo, pellizcándole muy fuerte. Y que hasta se le saltaron las lágrimas, del dolor y del miedo que todos habían masticado aquella noche eterna, y que ahora quedaba libre y suelto en el aire.
Ella sólo les contó que había dormido en aquella cueva y que eso había salvado su vida en aquella aventura. No quiso añadir más detalles. Aunque eso provocó que todos narrasen a su modo la historia, dando a su protagonista una fama inmortal. Aquel día ella dejó de llamarse Ana y se convirtió en Anya, porque las heroínas de gestas como la suya deben portar nombres como ése, que evocan nieve y países lejanos, donde los lobos guían trineos a través de tundras de hielo.
Decía también Valentín que, finalizado el verano, Anya regresaba a su ciudad, a una rutina y una vida desconocida para él, aunque se esforzara en consultárselo a las estrellas cada noche antes de dormirse, siempre temiendo que ella no regresase de nuevo al pueblo al acabar el curso. Al padre de Anya le trasladaban con frecuencia en su trabajo y quizá en alguno de esos cambios se irían a vivir a algún lugar demasiado tentador para aquella muchacha, a la que los retos atraían como un imán.
Todo esto me lo contaba Valentín, después de una de esas noches en las que le vencía una nostalgia inconsolable. Y fui yo el que le animó a escribir a Anya, fustigando su orgullo con una frase: “llegó la hora de los valientes”. Le insté a dar el do de pecho en una relación que, en el caso de Anya, ni siquiera sospechaba que fuera tal.
Lo que nunca me dijo Valentín es lo que le respondió ella exactamente en la carta que le envió como respuesta a la suya. Fui testigo de cómo él abría el sobre y aparecían varias hojas arrancadas de un cuaderno de espirales, todavía con sus pespuntes. Ese día él se apartó, con gesto altivo, a leer su contenido a solas. Después regresó junto a mí y comenzamos a golpear de nuevo con fuerza el balón contra el muro. Valentín comentó entonces, con despreocupación, banalidades en torno a la carta. Forzaba la sonrisa en la boca, mientras procuraba que no le temblase la voz al pronunciar el nombre de ella. Seguramente ignoraba que la verdad ya me la habían confesado sus ojos brillantes.
L’heure des courageux

C’est ce que disait Valentín, qu’on voyait sur son visage qu’elle était née pour faire de grandes choses. Que ses yeux brillaient d’excitation, beaucoup plus que ceux des autres, là-bas, dans l’ombre fraîche de la buvette, quand la bande se réunissait pour décider de l’excursion du jour. Elle était toujours prête à suggérer les lieux les plus éloignés et les itinéraires les plus compliqués. Et tous, à commencer par Valentín lui-même et la douzaine de garçons et de filles d’âges différents que l’été rassemblait dans ce village de la région de Ségovie, acquiesçaient, hochant la tête, finissaient par adopter à l’unanimité la proposition de Anya.
Elle était la seule à avoir passé la nuit dans la Grotte du Français me racontait Valentín avec un obscur mélange de respect et de jalousie, tandis qu’il frappait avec force dans le ballon contre le mur dans l'arrière-cour de notre immeuble. Les adultes en parlaient eux-mêmes quelquefois, s’extasiant du courage de Anya quand elle se perdit –ou voulut se perdre- cette nuit-là dans les montagnes et qu’elle échappa par miracle aux loups, se réfugiant dans cette grotte et revenant le lendemain matin, en apparence fraîche comme une rose, les yeux brillants cependant.
Valentín disait que ce jour-là tous les habitants du village sortirent sur la place. Et que lorsqu’ils la virent arriver, marchant plus lentement que d’habitude, il voulut se lancer à sa rencontre mais sa mère le retint par le bras, le pinçant très fort. Et que les larmes jaillirent même de ses yeux, à cause de la douleur et de la peur qu’ils avaient tous remâchée cette fameuse nuit interminable, à cause de cette peur qui s’envolait enfin.
Elle leur raconta seulement qu’elle avait dormi dans cette grotte et que c’était ce qui lui avait sauvé la vie au cours de son aventure. Elle ne voulut ajouter aucun détail. Ce qui permit à chacun de raconter l’histoire à sa façon, donnant à son héroïne une célébrité immortelle. Ce jour-là, elle cessa de s’appeler Ana et devint Anya, parce que les héroïnes de hauts faits comme le sien doivent porter des noms de ce genre, qui évoquent la neige et les pays lointains, où les loups guident des traîneaux à travers des toundras de glace.
Valentín disait aussi qu’à la fin de l’été, Anya retournait dans sa ville reprendre des habitudes et une vie qui lui étaient inconnues, même s’il tentait de les déchiffrer dans les étoiles toutes les nuits avant de s’endormir, craignant toujours de ne pas la voir revenir au village à la fin de l’année scolaire. Le père de Anya était souvent muté pour son travail et peut-être au cours de l’un de ces changements iraient-ils vivre dans quelque lieu trop tentant pour cette jeune fille que les défis attiraient comme des aimants.
Valentín me racontait tout cela, après l’une de ces nuits où une inconsolable nostalgie l’accablait. Et ce fut moi qui l’encourageai à écrire à Anya, piquant sa fierté d’une phrase : « l’heure des courageux a sonné ». Je l’incitai à franchir le pas dans une relation que Anya ne soupçonnait même pas.
Ce que Valentín ne m’a jamais dit c’est ce qu’elle lui répondit exactement dans la lettre qu’elle lui envoya en retour. J’étais là quand il ouvrit l’enveloppe et qu’apparurent plusieurs feuilles aux bords troués arrachées d’un cahier à spirale. Ce jour-là, il s’écarta, l’air hautain, pour lire seul. Il revint ensuite près de moi et nous commençâmes à frapper de nouveau le ballon contre le mur. Valentín raconta alors d’un air détaché des banalités à propos de la lettre. Il forçait son sourire, il faisait en sorte de ne pas laisser trembler sa voix lorsqu’il prononçait son nom à elle. Il ignorait sûrement que ses yeux brillants m’avaient déjà tout dit.