Escritora mexicana (1974). Textos suyos han sido publicados en las revistas etcétera y Letras Libres.
Auteure mexicaine (1974). Plusieurs de ses textes ont été publiés dans les revues etcétera et Letras Libres.
Le texte traduit ici a été publié dans la revue Letralia: http://www.letralia.com/
Rosa Abaitua Vicario
Te veo pasar todos los días frente a mi casa. Una mujer en miniatura. Tienes una cara hermosa que escondes bajo un chal negro. Siempre traes una golosina que compartes con mi hija, que te dice abuela. Debes tener casi cien años, tu figura pequeña con una gran joroba siempre de negro. Vas a misa de diez en San Lucas, y te quedas ahí hasta las seis que regresas con una bolsa del mandado llena de comida que te regalan los vecinos. He ofrecido llevarte, pero me sonríes y sigues tu camino.
Sé que eres dueña de tu historia, tu pasado te pertenece. Un pasado que por barroco es contado en los rincones de este barrio añejo.
Vives en un agujero lleno de extraños, que te han brindado un rincón donde reposar tus últimos años. Todo el día en la iglesia, quizá pidiendo perdón, quizá sólo buscando un poco de paz y frescor.
Rosa te llamas, nombre completo Rosa Abaitua Vicario, de origen vasco. Del norte del país. De una de las familias más prósperas de Chihuahua. Padre ganadero, madre ama de casa. Hermana casada con el diputado federal don Orlando Díaz, hermano quién sabe. En el cuartito donde vives hay una foto de un par de señorones con rostro adusto y mirada altiva, viendo para abajo.
A los dieciséis años, al menos es lo que se comenta en el barrio, te fuiste de tu casa, dejaste Chihuahua para nunca regresar. Lo seguiste a él. Te prometió una vida llena de aventura y pasión, de hijos y animales, de casas y guisos, de ternuras y olvidos, de peleas y reconciliaciones, de amores y desamores, te prometió una vida y punto.
Le creíste, agarraste tus chivas, las que te dejaron llevar, y te fuiste. Te subiste a su máquina y rodaste con él. Desapareciste, una lágrima derramada, una sola valía lo que dejabas atrás.
Nunca creíste que fuera verdad, que se fueran a olvidar de ti tan de pronto, que tu padre que te cantaba y te acurrucaba en sus piernas, se fuera a olvidar de su muñequita. Que tu madre con todo y su severidad se creyera capaz de olvidarte. Pero todos, incluso aquel hermano que profesaba ese amor extraño por ti, se olvidó. Caíste en tal olvido que al final de tu vida ni tu nombre sabes, eres sólo la vieja.
Y lo seguiste, y por un tiempo fuiste feliz, hasta que llegaste a la capital. La ciudad abrumadora de sueños inconclusos y mentiras falaces, de falsedades y rencillas, la ciudad donde estaba ella, su esposa.
No lo dejaste, ¿por qué? Lo amabas, habías dado todo por él, ahora te quedarías con él incluso soportando la humillación de ser la otra. Después de haber sido princesita mimada te convertirías en amante escondida. Eras la escondida pero eras suya, aunque a él lo tenías que compartir.
Pero un día, ese día en el que empezaste a rodar, ese día para ti fatídico, él no regresó, se esfumó, quizá murió el muy patán, quizá sólo se fue con otra. Ojalá se haya muerto, deseas, mejor eso a que me haya abandonado.
Se fue, ¿y yo qué hago? No sé hacer nada, estoy sola, abandonada por aquellos a quienes he amado, abandonada por el amor.
Una joven pareja te acoge, te da trabajo, pero tú de sirvienta, nunca habías servido a nadie, y no sabes cómo hacer las cosas, te deprimes, no sabes, no quieres, la joven pareja te corre, y así una y otra casa, en ninguna eres bienvenida, hasta que en la última encuentras quien te quiera, quien se apiade de ti, al patrón le gustó la criadita bonita, vuelves a ser la otra. Cuando el patrón se aburre te deja, igual que él, igual que todos, a la calle vas a dar de nuevo. Piensas, eres buena como amante, le gustas a los hombres, te desean. Pero ya no, ya sólo te usan y te dan unos cuantos pesos.
¿Cómo la muñequita se convirtió en esto?, ¿dónde quedaron los sueños de la muñequita, de aquella chiquilla hermosa de ojos verdes y mirada altiva, que lo único que quería era ser amada, era ser madre, era ser de alguien para siempre? La muñequita rodó hasta que llegó a ser mi vecina, hasta que llegó a ser la vieja de negro con su joroba, que no se le ve la cara y si llega a vérsele dice perdón, pide perdón.
Rosa Abaitua Vicario
Je te vois passer tous les jours devant chez moi. Une femme en miniature. Tu caches ton beau visage sous un châle noir. Tu as toujours une friandise que tu partages avec ma fille, qui t’appelle grand-mère. Tu dois avoir presque cent ans, une petite silhouette bossue toujours vêtue de noir. Tu vas à la messe de dix heures à San Lucas, tu y restes jusqu’à six heures, et tu reviens, ton sac des courses plein de la nourriture que t’offrent les voisins. J’ai proposé de t’emmener, mais tu suis ton chemin avec un sourire.
Je sais que c’est ton histoire, que ton passé t’appartient. Un passé baroque qu’on raconte dans les recoins de ce vieux quartier.
Tu vis dans un trou où des gens que tu ne connais pas t’on offert un coin où tu puisses vivre en paix tes dernières années. Toute la journée à l’église, peut-être à demander pardon, cherchant peut-être seulement un peu de tranquillité et de fraîcheur.
Tu t’appelles Rosa, nom complet Rosa Abaitua Vicario, d’origine basque. Originaire du nord du pays. D’unes des familles les plus prospères de Chihuahua. Père éleveur, mère maîtresse de maison. Sœur mariée au député fédéral Orlando Díaz, frère, allez savoir. Dans la petite pièce où tu vis il y a la photo de beaux messieurs au visage austère, au regard suffisant qui vous prend de haut.
À dix-sept ans, c’est du moins ce qu’on raconte dans le quartier, tu as quitté ta maison, tu as abandonné Chihuahua pour ne jamais y revenir. Tu l’as suivi, lui. Il t’avait promis une vie pleine d’aventure et de passion, d’enfants et d’animaux, de maisons et de plats mijotés, de tendresses et d’oublis, de disputes et de réconciliations, d’amours et de désamours, il t’avait promis une vie, quoi.
Tu l’as cru, tu as attrapé tes nippes, celles qu’on t’a laissées emporter, et tu es partie. Tu es montée dans sa voiture et tu as roulé avec lui. Tu as disparu, une larme versée, une seule, ce que tu laissais derrière toi n’en valait pas plus.
Tu n’aurais jamais cru possible qu’on t’oublie aussi vite, que ton père qui te berçait de ses chansons et te prenait sur ses genoux puisse oublier aussi vite sa petite poupée. Que ta mère malgré tout, malgré sa sévérité se permette de t’oublier. Mais tous, même ce frère qui te vouait cet étrange amour, tous t’ont oubliée. Tu es tombée dans un tel oubli qu’à la fin de ta vie tu ne connais même pas ton nom, tu n’es que la vieille.
Et tu l’as suivi, et pendant un temps tu as été heureuse, jusqu’à ce que tu arrives à la capitale. L’ accablante ville des rêves inassouvis, des mensonges, des tromperies, des faussetés, la ville des disputes, la ville où elle se trouvait, elle, son épouse.
Tu ne l’as pas quitté, pourquoi ? Tu l’aimais, tu avais tout donné pour lui, maintenant tu resterais avec lui quitte à supporter l’humiliation d’être l’autre. Après avoir été la petite princesse choyée tu deviendrais l’amante cachée. Cachée mais à lui, même si lui tu devais le partager.
Mais un jour, le jour où tu as basculé et commencé à rouler, ce jour fatidique pour toi, il n’est pas revenu, il s’est volatilisé, peut-être est-il mort, le goujat, peut-être seulement est-il parti avec une autre. J’espère qu’il est mort, penses-tu, je préfère encore ça à un abandon.
Il est parti, et moi, qu’est-ce que je fais ? Je ne sais rien faire, je suis seule, abandonnée par ceux que j’ai aimés, abandonnée par l’amour.
Un jeune couple t’accueille, te donne du travail, mais toi en servante, tu n’avais jamais servi personne, et tu ne sais pas comment faire, tu déprimes, tu ne sais pas, tu ne veux pas, le jeune couple te met à la porte, et une et encore une autre maison, nulle part tu n’est la bienvenue, jusqu’à ce que dans la dernière tu trouves quelqu’un qui t’aime, qui ait pitié de toi, le patron a trouvé la jolie petite bonne à son goût, tu redeviens l’autre. Quand le patron se lasse il te quitte, comme lui, comme tous, tu te retrouves de nouveau à la rue. Et tu penses, tu es une bonne amante, tu plais aux hommes, ils te désirent. Mais plus maintenant, tu n’es plus qu’un objet désormais, ils t’utilisent en échange de quelques pesos.
Comment la petite poupée en est-elle arrivée là ?, que sont devenus les rêves de la petite poupée, de cette belle petite fille aux yeux verts et au regard hautain, qui ne voulait qu’une seule chose, être aimée, être mère, appartenir à quelqu’un pour toujours ? La petite poupée a roulé jusqu’à moi, elle est devenue ma voisine, elle a roulé jusqu’à ce qu’elle devienne la vieille en noir avec sa bosse, dont on ne voit pas le visage, et s’il arrive qu’on le voit elle s’en excuse, elle demande pardon.