ROCÍO DE JUAN ROMERO (Bilbao, 1977), ha recibido varios premios y accésits con relatos breves y microrrelatos, casi todos ellos con publicación incluida.
ROCÍO DE JUAN ROMERO (Bilbao, 1977), a remporté plusieurs prix et accessits avec ses récits brefs et ses « micro-récits », prix qui ont presque tous fait l’objet d’une publication.
La Ciudad de los Mil Ojos Brillantes
Aunque nadie se atreva a acercarse a ella, Amara existe en algún lugar en medio del desierto. Una ciudad solitaria, única, el último bastión de una inconfesable cultura. Sobrevive como un monolito mudo a las vicisitudes del mundo que le rodea.
Hay muchas singularidades que fundamentan el temor a Amara. Como el hecho de que sea una ciudad amurallada y que, sin embargo, sus parapetos exhiban un sinnúmero de ventanas. No se trata de troneras o cañoneras, sino de verdaderas ventanas, con su marco, su antepecho y su dintel. Nadie comprende el sentido de que estén allí. Arruinan la función defensiva de la muralla.
Además, las ventanas de estos muros se abren y se cierran en una secuencia inversa a la que dicta la lógica. Durante el día permanecen cerradas y el color ocre de las contraventanas se confunde de modo camaleónico con la piedra en la que se incrustan. Sin embargo, por la noche, la situación cambia. Con la llegada de la oscuridad, todas y cada una de las múltiples ventanas se abren, dejando paso a una extraña luz blanca, parpadeante, que procede del interior de la ciudad. En la soledad del desierto Amara parece refulgir, y se transforma en la Ciudad de los Mil Ojos Brillantes.
Hace mucho que nadie se atreve a acercarse a Amara y se han olvidado las rutas que un día permitieron contemplarla. Nadie ha vuelto a comprobar si Amara continúa todavía allí. Se ha convertido en una ciudad de leyenda.
Aunque no sólo por las ventanas en sus murallas o por sus luces nocturnas. También se interrogan acerca de la fuente de recursos de Amara, que se encuentra en medio del desierto, sin un oasis en las proximidades. No obstante, la gran pregunta es acerca de sus habitantes, sobre quién vive allí, escondiéndose de la luz del día y, en cambio, lanzando señales luminosas al amparo de la oscuridad. Nadie les ha visto, quieren creer que no existen, pero debe haber «alguien». Y el debate acerca de la naturaleza de éstos ha ofrecido muchas respuestas fantásticas, escalofriantes las más de las veces.
Nadie se atreve a indagar en los secretos de Amara. Prefieren pensar que la ciudad desapareció en la última tormenta de arena. Que el último temblor la sepultó en las profundidades de la tierra. Ahora ya sólo la mencionan las madres para amenazar a sus retoños. Sólo existe en las pesadillas de los timoratos. Pero nadie, en realidad, cree que todavía pueda seguir allí.
Amara tuvo una vez la oportunidad de regresar a la geografía oficial. Sin embargo perdió esa ocasión y se instaló de modo definitivo en la leyenda.
Sucedió durante una singular audiencia del sultán Rashid al-Harun, el Bendecido, señor de los Cien Desiertos, entre ellos aquel donde Amara estaba situada. Un hombre le relataba sus viajes extraordinarios, prosternado sobre la alfombra, con los ojos fijos en el suelo, a respetuosa distancia del sultán. En un momento dado, el viajero admitió haber estado en Amara. El Bendecido pareció dudar, pero instó al viajero a proseguir. Y éste reunió ánimos para su siguiente frase, aún más perturbadora. Declaró que había estado en Amara y que «ellos» le habían ordenado que se presentase al sultán, para transmitir su mensaje.
El Bendecido se rebulló en su asiento. Se estremeció mientras dirigía la mirada al frente, como si contemplase una visión de pesadilla proyectada en aquel momento ante sus ojos. Sólo a duras penas logró tomar conciencia de la situación y reaccionar.
Con un mudo y elocuente gesto dio una orden a un miembro de su guardia personal, y éste se aprestó a cumplirla. El guardia se acercó en silencio al hombre que aún permanecía arrodillado, con la cabeza apoyada sobre la alfombra, y alzó su afilada arma. La cimitarra centelleó en el aire y rasgó con su silbido la quietud ominosa instalada en la sala. Cuando la cabeza del viajero rodó, El Bendecido pareció recobrar la serenidad.
Ya retirado a sus aposentos, el sultán se sumergió en una larga sesión de narguile. Al cabo de la misma, los vapores exhalados por la pipa de agua parecían haber conducido de nuevo a Amara al territorio de brumas donde habitan las leyendas. El Bendecido deseó con capricho infantil que esa noche, al cerrar los ojos, lo hicieran también con él aquellos mil ojos brillantes de la ciudad de sus pesadillas.
La Ville aux Mille Yeux Brillants
Même si personne n’ose s’en approcher, Amara existe quelque part au milieu du désert. Une ville solitaire, unique, le dernier bastion d’une culture inavouable. Elle survit comme un monolithe muet aux vicissitudes du monde qui l’entoure.
Nombreuses sont les singularités qui fondent la crainte envers Amara. Par exemple le fait qu’elle soit entourée de murailles et que, cependant, ses parapets exhibent d’innombrables fenêtres. Il ne s’agit pas d’embrasures ou de canonnières, mais de fenêtres véritables, avec leurs cadres, leurs rebords et leurs linteaux. Personne ne comprend la raison de leur présence. Elles ruinent la fonction défensive de la muraille.
De plus, les fenêtres de ces murs s’ouvrent et se ferment contrairement à ce que la logique exigerait. Pendant la journée elles restent fermées et la couleur ocre des volets se confond à la façon du caméléon avec la pierre dans laquelle elles sont creusées. Mais la nuit, tout change. Quand tombe l’obscurité, toutes et chacune des multiples fenêtres s’ouvrent, laissant filtrer une étrange lumière blanche, vacillante, qui provient de l’intérieur de la ville. Dans la solitude du désert, Amara semble s’illuminer et devient la Ville aux Mille Yeux Brillants.
Personne n’ose s’approcher depuis longtemps déjà d’Amara et l’on a oublié les itinéraires qui un jour permirent de la contempler. Personne n’est retourné vérifier si Amara se trouve toujours là-bas. Elle est devenue une ville de légende.
Et pas seulement à cause des fenêtres dans ses murailles ou de ses lumières nocturnes. On se demande aussi de quoi peut bien vivre Amara, située en plein désert, loin de toute oasis. Mais la grande question concerne ses habitants, ceux qui vivent là-bas, se cachant de la lumière du jour et se lançant curieusement des signaux lumineux à l’abri de l’obscurité. Personne ne les a vus, on veut croire qu’ils n’existent pas, mais il doit y avoir « quelqu’un ». Et le débat sur leur nature a engendré de nombreuses versions fantastiques, la plupart du temps terrifiantes.
Personne n’ose entreprendre des recherches sur les secrets d’Amara. On préfère penser que la ville disparut lors de la dernière tempête de sable. Que le dernier tremblement de terre l’engloutit dans les profondeurs. Maintenant, seules les mères la mentionnent pour menacer leurs enfants. Elle existe seulement dans les cauchemars des craintifs. Mais personne ne croit réellement qu’elle soit toujours là-bas.
Amara eut une fois l’occasion de réintégrer la géographie officielle. Elle laissa pourtant passer sa chance et s’installa définitivement dans la légende.
Cela se passa au cours d’une singulière audience du sultan Rashid al-Harun, le Bienheureux, seigneur des Cent Déserts, dont celui où était située Amara. Un homme lui racontait ses extraordinaires voyages, prosterné sur le tapis, les yeux fixés sur le sol, à distance respectueuse du sultan. Au cours de son récit, le voyageur admit qu’il connaissait Amara. Le Bienheureux parut douter, mais il demanda au voyageur de continuer. Et celui-ci s’arma de courage pour prononcer la phrase suivante, plus troublante encore. Il déclara qu’il avait séjourné à Amara et qu’« ils » lui avaient ordonné de se présenter devant le sultan et de lui transmettre leur message.
Le Bienheureux s’agita sur son siège. Il frémit tandis qu’il regardait droit devant lui, comme si une vision de cauchemar était projetée à cet instant devant ses yeux. Avec difficulté, il réussit à reprendre conscience et à réagir.
En silence mais d’un geste net, il signifia un ordre à un membre de sa garde personnelle qui se hâta d’obéir. Le garde s’approcha sans un bruit de l’homme encore agenouillé, la tête posée sur le tapis, et leva son arme tranchante. Le cimeterre étincela dans les airs et déchira de son sifflement l’épouvantable silence qui s’était abattu sur la salle. Quand la tête du voyageur roula, le Bienheureux parut recouvrer la sérénité.
Une fois retiré dans ses appartements, le sultan se plongea dans une longue séance de narguilé. Lorsqu’il eût terminé, les vapeurs exhalées par la pipe à eau semblaient avoir reconduit Amara jusqu’au territoire des brumes où vivent les légendes. Le Bienheureux désira ardemment, avec la force d’un caprice d’enfant, que cette nuit-là, lorsqu’il fermerait les yeux, ces mille yeux brillants de la ville de ses cauchemars se ferment aussi.