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Chili | Virginia Vidal - Cinq textes
Virginia Vidal (chili)

Cinq textes traduits



Lavado De Lana

Deshice el relleno de mi almohada y lo metí a la lavaza; pronto estuvo espesa y oscura. Amores secos1, falsas ilusiones y sueños rancios estaban enredados en la lana. El enjuague diluyó la salazón de algunas lágrimas y se llevó los últimos residuos de pesadillas, tribulaciones y desvelos. Ahora estoy escarmenando los copos blancos y esponjosos; reluce uno color negro rebeldía.
Las motas dejan escapar ecos de tus susurros, rebotes de tu risa; algunos nudos empecinados no sueltan tus confidencias.

1-"Amores secos" (caucalier ou acaena argentea) est une plante qui s’accroche à la laine des moutons. Le jeu de mots est intraduisible, malheureusement…



laine.jpgLessive De Laine

J’ai défait la bourre de mon oreiller et je l’ai mise à tremper, bientôt l’eau s’est épaissie, est devenue sombre. Fleurs sèchées, fausses joies et vieux rêves s’étaient pris dans la laine. Le rinçage a dilué le sel de quelques larmes et emporté les derniers restes de cauchemars, aventures et insomnies. Maintenant je démêle les flocons bancs et spongieux ; l’un d’eux luit, noir de révolte. Les brins laissent échapper des échos de tes murmures, des ricochets de ton rire ; quelques nœuds obstinés refusent de libérer tes confidences.



Inversiones

Confirman las ratas: todo escribidor es impío. Dan fe de su inexorable devoción leyéndole la última galerada. La corrigen a su amaño; le bordan y tejen puntos. Eliminan un acento aquí; cambian una uve acá, una ese acullá. Más ciega que la fe del carbonero, la de ratas caga ruta y colma paciencia del impenitente escriba. Al fin, en delirio místico abren las jaulas de los gazapos, los echan a correr; éstos, victoriosos, se vuelven fervientes acólitos y ratifican su FE DE RATAS.


livres.jpg

Écrits mutants

Les rats le confirment : tout écrivaillon est un impie. Eux témoignent de leur inexorable dévotion en lisant leur dernière composition. Ils la corrigent à leur goût ; ils la brodent et la tricotent. Ils éliminent un accent ici ; ils changent un v par ci, un s par là. Plus aveugle que la foi du charbonnier, celle des rats trace des itinéraires crottés et comble la patience du scribe impénitent. Enfin, dans un délire mystique ils ouvrent la cage aux pataquès, les font courir; ceux-ci, délivrés, deviennent de fervents acolytes et ratifient leur FE DE RATAS.1

1- en français, il est d’usage d’utiliser « ERRATA », en espagnol « FE DE ERRATA », d’où FE DE RATAS,  mot à mot : foi de rats.




Síndrome

Me rodeas indigente de ternura. Me apretujas, me acorralas, me asfixias, me exasperas. Te esquivo, me asaltas, me persigues. Me aletarga tu sucio vaho. Me penetras, entumes, oprimes, estrangulas. Expectoras nube plúmbea. Lloriqueo, toso, me escabullo. Embozándome, respiro. Voy cediendo. Te aborrezco. Me haces falta si me alejo. Yo soy tú. Me empujas. Trastabillo y te evado. Me aturdes, te rechazo. Sabes segregar: arrinconas, separando; apartas, sojuzgando. Extenúas. Tú te arruinas. Me repelo de quererte. Resplandeces oreado. Me refulges de crepúsculos y plateas cordilleras malveando los celajes. Te repudio y te admiro. Pese al duelo, padezco síndrome de Santiago de Chile.

santiago.jpg

Syndrome

Tu m’entoures, indigent de tendresse. Tu me presses, me traques, m’étouffes, m’exaspères. Je t’esquive, tu m’assailles, me poursuis. Ton souffle sale m’assomme. Tu me pénètres, m’engourdis, m’oppresses, m’étrangles. Tu craches un nuage de plomb. Je pleure, je tousse, je m’échappe. Le visage couvert, je respire. Je cède peu à peu. Je te déteste. Tu me manques si je m’éloigne. Je suis toi. Tu me pousses. Je chancelle et te fuis. Tu m’étourdis, je te rejette. Tu t’y connais en ségrégation : tu mets à l’écart, séparant ; tu écartes, imposant. Tu exténues. Tu tombes en ruines. J’ai du dégoût à t’aimer. Rayonnant dans l’air frais. Tu m’offres des crépuscules resplendissants, des cordillères argentées teintant de mauve les nuages. Je te répudie et je t’admire. Malgré le deuil, je souffre du syndrome de Santiago du Chili.



Borradita

Planché mi mejor vestido y mi alma: ni una arruga. Me cubrí de ungüentos. Me lustré. Relucientes el pelo y las uñas. Delineados ojos y labios. Pintados la boca y los párpados. Perfumada de la cabeza a los pies. Un collar de corales. Mi vestido, enrollado con tu ropa. Ni miraste mis prendas de encaje, mis medias negras con palomas bordadas. Desgranaste mi collar. Enredaste mi pelo y lo tironeaste. A besos me quitaste la pintura… Ahora me huelo y sólo siento tu olor. Me miro al espejo y estoy completamente borrada, menos los ojos.


Totalement effacéenu.jpg

J’ai repassé ma plus belle robe et mon âme : pas un pli. Mon corps embaume. Je me suis polie. Resplendissants les cheveux et les ongles. Soulignés les yeux et les lèvres. Dessinées la bouche et les paupières. Parfumée de la tête aux pieds. Un collier de corail. Ma robe, roulée avec tes vêtements. Pas même un regard pour mes dessous de dentelle, mes bas noirs brodés de colombes. Tu as défait les perles de mon collier. Tu as emmêlé mes cheveux, tu les as malmenés. Tes baisers ont laissé ma bouche sans couleur… Maintenant je me sens et c’est seulement ton odeur que je sens. Je me regarde dans le miroir et je suis complètement effacée, sauf les yeux.



Riña

Te encontraría en la Plaza de Tien An Men el Primero de Octubre. Entre todos, te reconocería en la Plaza Roja el Siete de Noviembre: eres inconfundible, único: yo sabría ubicarte entre las multitudes.
Eso y más te dije. Cómo cambian las plazas y pierden sentido las fechas.
El otro día, entré en el vestíbulo del hotel, lo sentí vacío. Pasé a tu lado y no te vi… ¿Por qué me regañas?



dispute.jpgDispute

Je te trouverais sur la place Tien An Men le Premier Octobre. Entre tous, je te reconnaîtrais sur la Place Rouge le Sept Novembre : on ne peut te confondre, tu es unique : je pourrais te voir au milieu de la foule.
C’est ce que je t’ai dit et plus encore. Comme les places changent et les dates perdent leur sens.
L’autre jour, je suis entrée dans le hall de l’hôtel, je l’ai senti vide. Je suis passée à côté de toi sans te voir… Pourquoi ces reproches ?


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