Rafael R. Valcárcel (Espagne)
site: nocuentos.com
[traduction]
La oldarpatía
Cuando la biógrafa Alice Kaplan investigó la infancia de Juan Oldar, nadie pudo darle algún dato anecdótico sobre su vida fuera del ámbito familiar, principalmente porque era un niño muy normal. Pero en casa, su comportamiento fue totalmente distinto, manifestando una creciente obsesión por retribuir todo lo que le brindaban. Esta situación sedujo aún más a la biógrafa.
De las entrevistas que realizó a los parientes del señor Oldar, Alice Kaplan extrajo algunos pasajes de su niñez para el prólogo del libro. He aquí las transcripciones que empleó:
-“El mismo día en el que cumplió siete años, Juanito se pasó toda la noche preparando una tarta igual a la que yo le había hecho. Recuerdo cuando me despertó; tenía sus ojitos llenos de ilusión. Había desaparecido la expresión de agobio que tenía desde que le empezamos a cantar el feliz cumpleaños”.
-“Cuando yo quería un juguete casero, como por ejemplo un castillo de cartón, lo construía para mi hermano. Luego, él me hacía uno mucho mejor”.
-“Nunca voy a olvidar la Navidad del 48. No veía a mi hermana ni a su familia desde inicios de la guerra. Cuando saludé a Juan, le di un gran beso en la frente. El pequeño me dio otro más intenso. Yo me emocioné y le di uno igual, y el me besó dos veces. Yo le di otros dos, y el tres, y así. Fue un saludo interminable, acompañado por una risa generalizada que nos hizo olvidar a los ausentes por unos momentos”.
-“Una semana antes de su décimo primer cumpleaños, Juan nos pidió que, por favor, no le diéramos nada, que le habían dejado muchas tareas en el colegio y que no tenía tiempo para compensarnos los regalos. Además, nos recalcó que no quería que le hiciéramos ningún tipo de celebración. Llegado el día, fue él quien nos sorprendió con una fiesta sorpresa y, además, nos dio un obsequio a cada uno”.
Algunos vecinos, con el ánimo de figurar en el libro, aseguraron que Oldar había sufrido, en la primera etapa de su infancia, un continuo maltrato psicológico por parte de sus padres, con el objetivo de formar un hijo agradecido que les asegurase una vejez confortable. Declaraciones que el doctor Richard Trout, decano de la Universidad de Michigan, tachó de inverosímiles y oportunistas. Según él, Juan Oldar padecía una patología degenerativa que, por ser el primer caso clínico conocido, denominaron ‘oldarpatía’, que consistía en obtener satisfacción al dar y, paralelamente, sentir culpabilidad injustificada al recibir. No obstante, para Juan había motivos, porque incluso le afectaba que las personas de su alrededor invirtieran tiempo en obsequiarle algo.
En el contenido de la biografía, Alice Kaplan plasmó seis etapas muy diferenciadas en la conducta de Juan. En la primera, sus muestras de afecto buscaban equiparar lo que le daban, como una reacción instintiva de rechazo al dolor a través de retomar el equilibrio. Al entrar en la pubertad, regalaba cuando le tocaba recibir, procurándose únicamente placer. Posteriormente, cuando eso no le fue suficiente, se esmeró en la calidad de los presentes; no por el precio o la complejidad, sino por alcanzar la agudeza necesaria para atinar con el objeto más deseado por el otro. Insatisfecho nuevamente, meditó un largo periodo hasta que se culpó por haber sido un ingenuo, por haberle dado tanta importancia a lo que simplemente era un medio para conseguir algo más sublime; así que pasó de los objetos a las emociones, como la que le brindó a su padre: le hizo creer que unos arqueólogos habían encontrado el arca de Noé, apoyándose en el ejemplar de un periódico que él había mandado a imprimir expresamente. El hombre vivió con esa verdad y el recorte del artículo como fuente de felicidad. Y precisamente esa experiencia le aclaró la diferencia entre un sentimiento efímero y uno vital, duradero. En la quinta etapa, Biblia bajo el brazo, Oldar caminó durante casi una década regalando esperanza.
En el tramo final de su recorrido, las mujeres, poco a poco, fueron captando su interés, hasta despertar en él un deseo incontrolable por poseer un vientre, al igual que ellas, pero su cuerpo, su ahora despreciable cuerpo, era incapaz de dar el regalo más preciado, y el no poder engendrar vida le devolvió la angustia que experimentó en su infancia: el mundo le había dado algo que era incapaz de retribuir.
Oldarpathie
Quand la biographe Alice Kaplan entreprit ses recherches sur l’enfance de Juan Oldar, personne ne put lui fournir d’anecdotes concernant sa vie hors du cercle familial, pour la simple raison que c’était un enfant tout ce qu’il y a de plus normal. Il manifesta par contre en famille un comportement totalement différent, montrant une obsession croissante pour rendre tout ce qu’on lui offrait. Ce fait le rendit plus intéressant encore aux yeux de la biographe.
Alice Kaplan conserva quelques extraits des entrevues qu’elle eut avec la famille de monsieur Oldar sur son enfance, pour le prologue de son livre. Voici les transcriptions qu’elle utilisa.
- « Le jour-même de ses sept ans, Juanito passa toute la nuit à préparer un gâteau pareil à celui qu’on lui avait fait. Je me souviens : quand il me réveilla, ses petits yeux pétillaient de joie. L’expression d’accablement qu’il avait depuis qu’on avait commencé à chanter joyeux anniversaire avait disparu ».
- « Quand je voulais un jouet particulier, un bricolage quelconque, par exemple un château en carton, j’en construisais un pour mon frère et lui, ensuite, m’en fabriquait un bien plus beau ».
- « Je n’oublierai jamais le Noël de 1948. Je n’avais revu ni ma sœur ni sa famille depuis le début de la guerre. Pour saluer Juan, je lui donnai un grand baiser sur le front. Le petit me le rendit, encore plus fort. Toute émue, je l’embrassai à nouveau et lui m’embrassa deux fois. Je lui redonnai deux baisers et lui trois, et ainsi de suite. Ce furent des retrouvailles interminables au milieu de l’hilarité générale qui nous fit un instant oublier les absents ».
- « Une semaine avant son onzième anniversaire, Juan nous demanda d’avoir la gentillesse de ne rien lui offrir, il avait beaucoup de devoirs à faire, et il n’avait pas le temps de nous rendre les cadeaux. Il insista aussi pour qu’on n’organise aucune fête. Le jour venu, ce fut lui qui nous étonna par une fête surprise, nous offrant, de plus, un cadeau à chacun ».
Quelques voisins, sans doute pour être cités dans le livre, assurèrent que les parents d’Oldar lui avaient constamment fait subir, dans sa petite enfance, de mauvais traitements psychologiques, dans le but d’en faire un fils reconnaissant qui leur assurerait une vieillesse confortable. Déclarations que le docteur Richard Trout, doyen de l’Université du Michigan, traita d’invraisemblables et d’opportunistes. D’après lui, Juan Oldar souffrait d’une pathologie dégénérative, le premier cas clinique connu, qui fut appelée « oldarpathie », laquelle consistait à trouver du plaisir à donner, et parallèlement, à ressentir une culpabilité injustifiée à recevoir. Pour Juan cependant la culpabilité qu’il ressentait était totalement justifiée, et il était affecté par le fait que les personnes de son entourage sacrifient leur temps pour lui faire un cadeau.
Dans la biographie elle-même, Alice Kaplan décrivit six étapes très marquées du comportement de Juan. Dans la première, ses démonstrations d’affection cherchaient à égaler celles qu’on lui portait, en une sorte de réaction instinctive de défense contre la douleur qu’il éprouvait à retrouver son équilibre. A l’âge de la puberté, il offrait quand il recevait, prenant uniquement du plaisir. Ensuite, quand cela ne lui suffit plus, il s’appliqua à choisir ses cadeaux, non pour leur prix ou leur complexité, mais dans le but de trouver ce que l’autre désirait le plus. Encore insatisfait, il médita un bon moment jusqu’à ce qu’il réalise sa naïveté ; il avait donné autant d’importance aux moyens qu’à l’objectif final, atteindre le plaisir suprême. Il passa alors des objets aux émotions, comme celle qu’il offrit à son père ; il lui fit croire que des archéologues avaient trouvé l’arche de Noé, comme l’attestait l’exemplaire d’un journal que lui-même avait fait imprimer. L’homme trouva la félicité dans cette révélation appuyée par la coupure de presse. Et ce fut précisément cette expérience qui lui fit comprendre la différence entre un sentiment éphémère et un sentiment vital, durable ; la cinquième étape vit Oldar cheminer pendant près d’une décennie, la Bible sous le bras, offrant de l’espérance.
Dans la dernière partie de son parcours, les femmes, peu à peu, firent l’objet de son intérêt, jusqu’au point d’éveiller en lui un désir incontrôlable de posséder un ventre comme elles ; mais son corps, maintenant méprisable, était incapable de donner le cadeau le plus précieux, et ne pouvant donner la vie, l’angoisse de son enfance le saisit à nouveau : le monde lui avait fait un don qu’il ne pouvait pas rendre. [haut]