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Espagne | María José Barrios - Cuatro cuentos mínimos - Quatre micro-fictions

María José Barrios (Espagne)

site: http://www.cuentosminimos.com/


Con un puñado de dólares

 

El hijo del archimillonario fabricante de alfombras Mohammed Abdul Haj-Saleh no quería dejar la casa en la que se había criado para ir a estudiar a un país extranjero, tal y como estaba planeado. Piedra por piedra, casa por casa, y habitante por habitante del condado de Berkshire fueron trasladados al sur de Siria, muy cerca de Damasco. La única persona que no se dejó engatusar por el dinero de Abdul fue la señorita Idgie W. McGregor, a quien las comidas “exóticas”, según sus propias palabras, no sentaban nada bien.

(Brighton, Marzo de 2004)

 

Pour une poignée de dollars

dollars.jpgLe fils du multimillionnaire fabriquant de tapis Mohamed Abdul Haj-Saleh ne voulait pas abandonner la maison où il avait grandi pour aller étudier à l’étranger, comme cela avait été prévu. Pierre par pierre, maison par maison, habitant par habitant, le comté du Berkshire fut entièrement transporté dans le sud de la Syrie, très près de Damas. La seule personne qui ne se laissa pas acheter fut mademoiselle Idgie W. McGregor, qui ne supportait pas, selon ses propres termes, la nourriture « exotique ».

(Brighton, Mai 2004)

 


 

La rueda

Primero se llevaron las fábricas, dado lo barato de la mano de obra. Acto seguido, las grandes compañías abrieron oficinas y reemplazaron a la mitad de su personal por otro que le costaba la mitad. El gasto en viajes, comunicación y mensajería que esto provocó hizo que despidieran al resto y acabaran por trasladarse del todo. A partir de ahí, las cosas se precipitaron. La nueva clase trabajadora de estos países necesitaba transporte, alimentos, tecnología. Para allá se fueron las pequeñas empresas, los ingenieros, los informáticos, los supermercados, los cines, las papelerías, los hoteles, los restaurantes. No quedó casi nadie.

Ahora se rumorea que están planeando abrir una planta de producción al sur de Manchester. Hay un puñado de ingleses dispuestos a trabajar por cuatro duros.

 

La roueusine_friche.jpg

Tout d’abord on emporta les usines, là où la main d’œuvre était bon marché. Ensuite les grandes entreprises ouvrirent des bureaux et remplacèrent la moitié de leurs employés par d’autre payés à moitié prix. Les frais de voyages, de communications et de correspondance entraînèrent le licenciement de ceux qui restaient et enfin, on finit par tout délocaliser. A partir de là, les choses allèrent très vite. Les nouveaux travailleurs de ces pays avaient besoin de transports, de nourriture, de technologie. C’est donc vers ces pays que partirent les petites entreprises, les ingénieurs, les informaticiens, les cinémas, les papeteries, les hôtels, les restaurants. Il ne resta plus personne ou presque.

Aujourd’hui, on parle d’ouvrir une unité de production au sud de Manchester. Il y a un tas d’Anglais prêts à travailler pour trois fois rien.

 


 

Mate

Ambos jugadores poseen una capacidad asombrosa para calcular combinaciones y adivinar lo que hará el contrario con muchísima antelación. Las piezas ocupan aún su posición de salida, pero la partida ha comenzado hace rato. El maestro mira directamente a los ojos del alumno y lo ve con total claridad: mate en catorce movimientos, no hay nada que pueda hacer. Sin mediar una sola palabra, agarra a su rey y lo postra sobre el tablero ante su rival, aceptando su derrota con la dignidad de la que sólo son capaces los ancianos y los sabios.

echecs.jpg 

Mat

Les deux joueurs sont doués d’une stupéfiante capacité de calcul des combinaisons et anticipent de manière remarquable les réactions de leur adversaire. Les pièces sont toujours à leur place bien que la partie ait commencé depuis un bon moment. Le maître regarde son élève droit dans les yeux et voit clairement la situation : mat en quatorze coups, rien ne peut l’empêcher. Sans dire un seul mot, il prend son roi et le couche sur l’échiquier, acceptant sa défaite avec la dignité que seuls confèrent l’âge et la sagesse.

 


 

Exposición

El crítico confundió el paragüero con una obra de arte, a la que tituló “Destino”. Lo sacaron de su error entre miradas de incomodidad, y acto seguido reparó en una percha que, según él, bien podría haberse llamado “Nostalgia”. De nuevo tuvieron que emplear todo su tacto en abrirle los ojos sin dejarlo en evidencia, aunque no sirvió de nada. Le pasó lo mismo con la lámpara, con una maceta, y también con el grifo del lavabo. Mostraba tal seguridad en lo que decía que los demás empezaron a dudar de sí mismos, y pronto se encontraron dándole la razón. Es cierto que el pintor no logró vender un solo cuadro, pero nadie lo escuchó quejarse cuando recibió aquella indecente suma de dinero a cambio de un radiador y un par de ceniceros.

 

Expositionurinoir.jpg

Le critique confondit le porte-parapluie avec une œuvre d’art, qu’il intitula « Destin ». On l’informa de son erreur d’un air gêné, mais aussitôt il remarqua un portemanteau, qui selon lui, aurait pu s’appeler « Nostalgie ». On dut à nouveau déployer des trésors de tact pour lui ouvrir les yeux sans le froisser, mais cela ne servit à rien. Il se passa la même chose avec la lampe, un pot de fleurs et aussi avec le robinet du lavabo. Il se montrait si sûr de qu’il disait que les autres commencèrent à douter d’eux-mêmes, et peu de temps après ils finirent par l’approuver. Certes, le peintre ne parvint pas à vendre un seul tableau, mais personne ne l’entendit se plaindre lorsqu’on lui remit cette indécente somme d’argent en échange d’un radiateur et de deux cendriers.

 


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